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Programme "Récits de genèse"

Responsables : Jean-Louis BRETEAU, Catherine MAZELLIER-LAJARRIGE


 Le programme rattaché à l‘axe 3 « Mythes et religions » de l‘IRPALL dans le cadre du contrat quadriennal 2007-2010 portait pour titre « Récits de genèse et leur réception dans les productions littéraires, artistiques, philosophiques et scientifiques ». La coordination en était assurée par Marie-José Fourtanier (LLA), Christiane Fioupou (CAS) et, jusqu‘à la rentrée universitaire 2008-09, par Michel Bressolette (PLH). Le décès de ce collègue a conduit à modifier la composition de l’équipe responsable de ce programme.

Les pistes ouvertes lors des différentes journées d’études ou conférences dans le cadre du contrat 2007-2010 ont trouvé leur aboutissement dans un colloque, dont avait eu l’initiative le regretté Michel Bressolette : « Les avatars des commencements : récits de genèse », du 2 au 4 décembre 2010.

Les responsables scientifiques de ce colloque étaient Jean-Louis Breteau (professeur, Études anglo-saxonnes, CAS), Marie-José Fourtanier (professeur, littérature française, LLA), Françoise Knopper (professeur, Études germaniques, CREG), Catherine Mazellier-Lajarrige (maître de conférences, Études germaniques, CREG).

L’objet de ce colloque était d’envisager les récits, si divers soient-ils, qui racontent ce qui s'est passé au commencement, envisagés comme des 'récits de commencement', selon la perspective ouverte par Pierre Gibert. Le corpus envisagé incluait les récits bibliques, les mythes du monde mésopotamien, grec et romain, ainsi que les légendes et les contes de multiples traditions, selon leurs manifestations les plus diverses : productions littéraires, artistiques, et philosophiques, mais aussi textes dits scientifiques. Dans la mesure où le commencement de l'univers ou de l'humanité est impossible à atteindre puisque personne n'a pu être témoin de ce commencement et dans la mesure où paradoxalement existent ces récits, il importait de s'interroger sur la signification profonde de ces récits de genèse : comment comprendre le terme de genèse dans une perspective interculturelle ? Origine et commencement sont-ils synonymes? Comment appréhender la création du monde ? À travers leur diversité et leurs spécificités, quelles constantes peut-on reconnaître dans les récits cosmogoniques émanant de plusieurs continents ?

Le programme a permis la tenue de deux journées d’études, d’un colloque en 2010, de la conférence en 2011 de Corinne Bonnet sur les récits de création dans le Proche-Orient ancien, organisée par l’IRPALL, et la publication d’un livre collectif complété par d’autres articles. Ce programme a ainsi réuni des chercheurs spécialistes de disciplines fort diverses: langues et civilisations étrangères (notamment allemand, anglais, italien et japonais), littérature français et littérature ancienne (grecque et latine), philosophie, anthropologie, histoire, exégèse et théologie, musicologie et arts plastiques. Ces chercheurs se sont intéressés à la manière dont les récits de genèse ont été non seulement élaborés mais aussi transformés en fonction des exigences de la période et/ou de la civilisation concernée, en élargissant à d’autres aires culturelles que l’Europe : Asie (Inde, Japon), Amérique, Afrique.

Une première série de réflexions a été consacrée aux sources et exégèses des récits bibliques de genèse, avant de l’élargir aux récits de genèse dans d’autres traditions, ce qui a permis de définir les notions voisines mais distinctes de commencement et d’origine. Les récits de création ont été ensuite envisagés sous un angle philosophique, anthropologique et littéraire, avant d’élargir de nouveau à d’autres aires culturelles (cosmogonies japonaises, récits de création scandinaves, hindouisme, mormonisme, mythes des Indiens d’Amérique) et à d’autres approches artistiques, comme le cinéma (autour de Cheick Oumar Sissoko), la musique (récits de genèse en musique) et les arts plastiques (conception du visuel du colloque par le plasticien Jérôme Carrié).

Au-delà de la diversité des récits cosmogoniques, plusieurs cohérences se sont dégagées. Cohérence de la tension entre la linéarité de la genèse et la spirale du devenir. Cohérence de l’association entre contemplation active de l’environnement, intellectualisation et réflexion, voire explication par le biais du mythe, remémoration esthétisée et spiritualisée de la création universelle. Incitation incessante à vivre « le présent indéfinissable d’un récit indéfini » (P. Gibert) et à explorer une réalité « qui dépasse l’esprit » (A.-M. Pelletier), aspiration platonicienne à « dépasser le manque d’être et la multiplicité » pour trouver la vérité et l’unicité (E. Jouët-Pastré).

Ce programme a donné lieu à un concert de musique métissée, par le trio Zira, sur la scène de la Fabrique Culturelle de l’université, afin de prolonger la dimension pluriculturelle du colloque.


L’ouvrage de 312 p., paru aux Presses Universitaires de Bordeaux, dans la collection « Imaginaires et écritures », se divise en trois parties.

La première partie s’articule autour du récit de genèse vétérotestamentaire et des débats qu’il n’a cessé de susciter chez les intellectuels européens, ce qui pose en préalable le fait que « la potentialité de sens » de ces textes (E. Cuvillier) n’est pas réductible à une interprétation univoque. Les deux récits de création dans le Livre de la Genèse placent d’emblée sous le signe de la pluralité un récit que l’on voudrait unique. Les articles d’ A.-M. Pelletier, E. Jouët-Pastré, J.L. Breteau et L. Simonutti livrent quelques-unes des clefs interprétatives majeures: interprétation ad litteram de Saint Augustin, constructions logiques des théologiens et philosophes, enquêtes historicisantes des XVIIIe et XIXe siècles, et attention que les exégètes portent au dynamisme de sens, simultanément anthropologique et théologique, des récits bibliques, et à la vérité du ‘mythe’ biblique des origines, cherchée dans la coïncidence entre histoire cosmique et histoire personnelle (E. Cuvillier). Précisément, la quête d’une histoire des origines invite à faire la distinction entre la notion d’origine et celle de commencement. À partir de Totem et tabou, D. Causse montre comment Freud y explore non pas les commencements historiques de l’humanité, ainsi qu’il se l’était d’abord proposé, mais bien plutôt son origine, c’est-à-dire une vérité structurelle, logique et non chronologique.

Par ailleurs, la genèse, entendue au sens large de commencement, permet d’accorder une attention particulière à d’autres récits ‘de genèse’, ceux que contient le Nouveau Testament, abordés ici par E. Cuvillier – dont la généalogie de Jésus écrite comme une nouvelle Genèse – et J. Casteigt dans son analyse de la relecture par Albert le Grand de l’Évangile de Jean.

Les diverses interprétations sont comme des ‘sismographes’ des découvertes scientifiques échelonnées au fil des siècles. Cela se vérifie également dans le mormonisme : la croyance en la pré-existence des êtres et l’interprétation de la Genèse ont pu s’associer à l’exhumation d’anciennes sagesses et s’ajuster à la modernité américaine.

 

La deuxième partie fournit les clés interprétatives d’une ‘géo-mythologie’ des récits de genèse. Pour les anthropologues, ces mythes ont en effet « vocation à justifier l’état actuel du monde (naturel et social) », ils peuvent « jouer un rôle dans la construction d’un consensus social » (J.P. Albert), afin d’en définir l’essence, de poser des normes et de les légitimer, au risque parfois d’un réductionnisme susceptible d’effacer la contingence et de transformer l’histoire en destin. Le récit de la Création dans la tradition judéo-chrétienne, s’il doit beaucoup aux différentes civilisations du Proche-Orient, se différencie néanmoins, par sa « pédagogie narrative », de l’horizon existentiel des populations mésopotamiennes, attachées à d’autres modèles culturels (C. Bonnet). Et les nombreuses cosmogonies de l’Inde, l’idée d’une « illusion cosmique », d’un « jeu » de Brahma, se distinguent du créationnisme, notamment judéo-chrétien, par exemple dans les récits védiques (F. Chenet). Quant aux populations amérindiennes, guidées par une  conscience écologique du monde , elles associent aux origines du monde « tout ce qui se rattache à la vie de la terre » (F. Besson).

 La dernière partie de l’ouvrage aborde le discours et la transposition de la Création dans les arts, sous le signe de la liberté fictionnelle, comme dans l’Histoire du Docteur Faust (1587), qui juxtapose deux cosmogonies contradictoires de la Genèse (C. Mazellier-Lajarrige). Cette manière d’intégrer librement la problématique de la genèse sans forcément mettre en scène un mythe de la création est devenue une caractéristique de la vision postmoderne de l’histoire. À preuve le cinéma, convoqué ici par le biais du film La Genèse (1999), du réalisateur malien Cheick Oumar Sissoko, qui reconstitue le commencement des conflits dans « la famille humaine » (C. Mazauric), entre cultivateur, pasteur et chasseur, et qui appelle à un « travail de fraternité »  pour corriger ce qui avait si mal commencé. À preuve aussi des récits de création yorouba, ici illustrés par une lithographie et un poème traduit par C. Fioupou, ou encore la « variation libre sur le thème de la spirale », chronophotographie créée et commentée par le plasticien J. Carrié. Il est aussi des productions littéraires de C. Simon, J.M.G. Le Clézio ou Abdourahman A. Waberi qui, pratiquant une « poétique de la reprise », font des avatars des commencements le « support d’une réflexion sur les origines, leurs transformations et leur permanence » (M.J. Fourtanier). C’est enfin dans « l’introduction lente » des symphonies de la fin du XVIIIe siècle que le musicologue M. Lehmann identifie une « métonymie de la Genèse », dont l’essence se retrouve dans la progression « ordre – chaos – ordre renouvelé ».

 La fiche de l’ouvrage peut être consultée sous :

http://www.fabula.org/actualites/catherine-mazellier-lajarrige-et-alii-recits-de-genese-avatars-des-commencements_52663.php.

Par ailleurs, dans le cadre des recherches sur les récits de genèse, Jean-Louis Breteau a participé au programme international « Leonardo Bruni » (« De la traduction parfaite. Les rapports de la philosophie et de la traduction entre le seizième et le dix-huitième siècle », coordonné par Charles Leblanc, Université du Québec et Luisa Simonetti, Université de Florence). La recherche a porté sur les traductions faites par les « platoniciens de Cambridge » des passages exposant les cosmogonies des auteurs antiques. Les résultats ont paru en 2014 chez l’éditeur Droz.
 


 

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