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"Voisins d'ailleurs": altérité(s) dans le récit bref de science-fiction et d'anticipation

le 24 avril 2017
10h - 12h



Séminaire régulier : Fictions de mondes possibles.

Affiche Axe 1

Affiche Axe 1

Responsables scientifiques : Yves IEHL, Jean NIMIS

Intervenante : Michèle Soriano, Université de Toulouse 2
Intitulé : « Les Monstreuses » : biotecnologies, figures et fictions féministes
dans le récit bref de science-fiction.


Depuis 2014, le séminaire « Fictions de mondes possibles» s’est donné comme perspective l’exploration des représentations du monde dans le récit bref de science-fiction et d’anticipation dans différentes aires linguistiques (italien, allemand, anglais, espagnol, français, polonais, russe, ...).
Une historicisation de la perspective a permis de mettre en valeur comment le récit bref de science-fiction ou d’anticipation peut, à certaines périodes précises, refléter les visions, les problèmes et les conflits d’un monde en crise, notamment à partir des épisodes saillants qui ont marqué le XXe siècle et le début du XXIe siècle. Ona pu observer ainsi un certain nombre de convergences entre œuvres d’aires linguistiques diverses et donc spécifiques.

Ces croisements de points de vue ont permis de voir comment, dans ce type de récits brefs, produits durant ces périodes charnières ou s’ y référant, se mettent en place les représentations décalées (distanciées ou «étrangéifiées») de phénomènes tels que basculements,franchissements de seuil, changements de paradigme (linguistique, stylistique, philosophique,social, politique, technologique, humain).

La narration de ces phénomènes, par son inventivitémême (dans une palette allant du comique au tragique en passant par le poétique), devient en quelque sorte un miroir, parfois paradoxal, de l’Histoire.
Dans un certain nombre de ces récits de science-fiction et d’anticipation, la thématique de l’altérité apparaît clairement dessinée: du désormais classique «double» au clone et au cyborg, à l’alien et à l’aliénation, jusqu’aux affinités avec le concept du «soi-même comme un autre» forgé par le philosophe Paul Ricœur.
L’«Ère des Empires» et l’«Âge des extrêmes» (selon les termesd’Éric Hobsbawm) ont inspiré nombre de visions inventives qui permettent de voir sous d’autrebsangles les territoires, les temporalités et jusqu’aux existences des êtres.

À des distances nouvelles, l’histoire humaine se trouve ainsi redessinée dans des voisinages inédits, des «terres étrangères» ou des temporalités insolites qui reproduisent les clivages et les affinités historiques, comme on peut le deviner dans Chroniques martiennes de Ray Bradbury (1950), Voisins d’ailleursde CliffordSimak,Les Perles du tempsde Gérard Klein (1958), Persistances de la vision de John Varley (1978), L’anniversaire du monde d’Ursula Le Guin (2002), Radieux de Greg Egan (1998), Le Haut-Lieude Serge Lehman (2008), les nouvelles de Laurent Genefort, celles d’Élisabeth Vonaburg, ou les « réalités déviantes » de Philip K. Dick (pour ne donner que quelques jalons-phares d’un territoire spatio-temporel bien plus ample, qu’il s’agis se des époques ou des aires linguistiques).

C'est donc cette perspective de l’altérité (des altérités) quel’on propose d’explorer durant l’année 2016-2017. Outre l’analyse narratologique et stylistique de la distanciation(ou «étrangéification», «estrangement», « straniamento», « ostranienie» et autres termes spécifiques aux différentes aireslinguistiques) qu’offrent les nouvelles en question, il conviendra de s’intéresser aux diverses facettes de l’altérité telles que présentées par ces récits : qu’il s’agisse des « terres étrangères (à coloniser,terraformer, etc.), des « temps parallèles», de la rencontre (notamment amoureuse) avec l’autre, des« figures de l’autre» (extraterrestres, intelligences artificielles, etc.), des inventions fondées surles possibilités ou les aléas des sciences (robots, androïdes, mutations, clonage, informatique, etc.) ou des questions philosophiques posées par l’identité en tant que telle (par exemple certains des récitsde Poul Anderson dans le recueil Le Chant du barde).

Il s’agira donc d’observer comment le récit bref de science-fiction et d’anticipation donne «un visage neuf à de vieilles questions» (Roger Bozzetto), où les questionsposées par la communicationet par l’altérité refondent les approches de nos «histoires naturelles» et de nos « vices de forme» (Primo Levi), et où cette littérature peut être à la fois un outil d’analyse des cultures et une sourcede contre-culture.

Les séances du séminaire déboucheront sur la journée d’étude du 8 juin 2017.Depar son inscription dans le cadre de l’Institut IRPALL, le séminaire est ouvert principalementaux disciplines, équipes de recherche, enseignants, doctorants et étudiants de Langues, Lettres, Philosophie, Sociologie, Histoire, Cinéma.
 
 

Contact :
Christine Calvet, Institut IRPALL
Lieu(x) :
Université Toulouse - Jean Jaurès
salle E 411, Maison de la recherche

Documents à télécharger :

Résumé de l'intervention :

L’une des orientations de la Science Fiction prend en charge le désir d’aventure et de conquête, l’appel de territoires inconnus encore à découvrir, l’épique ambition d’expansion, la libido guerrière et civilisatrice. Une autre, héritière du conte philosophique, de l’utopie et de la fable, s’occupe autant des échanges interplanétaires, ou intergalactiques, que des limites et des seuils cognitifs, des zones de non savoir. L’invention de mondes exige l’invention de monstres, la circulation de catégories nouvelles qui permettent de penser une autre réalité et avant tout de mettre en suspens les clôtures. Si les frontières sont toujours politiques, ce que montre la SF nous rappelle qu’elles sont également épistémologiques, éthiques. Les théories féministes contemporaines s’intéressent aux énigmes que la SF peut poser à nos imaginaires, à leur opacité et aux conflits qu'elles refusent de ramener à des antagonismes binaires. Les monstres sont pleins de promesses. À partir des réflexions de Donna Haraway (en particulier Manifeste Cyborg et « Les promesses des monstres : politiques régénératives pour d’autres impropres/ inapproprié-e-s ») et de Fredric Jameson (Archéologies du futur. Le désir nommé utopie), je propose l'examen des enjeux féministes dont rendent compte quelques récits brefs de l'écrivaine argentine Angélica Gorodischer – l'un des grand nom de la SF

 

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