Colloque international "Points d'écoutes : du rythme avec toute chose"

Publié le 19 juillet 2019 Mis à jour le 16 août 2019
du 28 avril 2009 au 30 avril 2009 Salle de l'orangerie, 56 rue du Taur, Toulouse.

Responsables scientifiques : François-Charles Gaudard, Michel Lehmann, Jean-Pierre Zubiate.


Le colloque Points d'écoute : du rythme avec toute chose s'inscrit dans la continuité des travaux trandisciplinaires de l'axe "Arts et Sciences des discours" de l'Institut de Recherche Pluridisciplinaire en Arts, Lettres et Langues (IRPALL) qui associent, depuis plusieurs années, les réflexions sur les rapports entre musique et littérature à partir des problématiques posées par la compréhenstion de la "diction", entendue non seulement aux sens spécifiques de la rhétorique et de la déclamation mais aussi comme événemenet d'une cohérence rythmique signant l'avènement d'une ligne d'accord où se lient signifiants et signifiés.
Au contact des chercheurs et enseignants-chercheurs des autres disciplines, les spécialistes de la mélodie française ont posé les fondements d'une stylistique de la mélofie française qui laisse augurer d'une perspective anthropologique, allant de la littérature à la musique et aux arts plastiquues et du théâtre au cinéma. Sans renier les acquis des formalisations sémiotiques et des travaux de la sémantique interprétative, les recherches entreprises privilégient le présent vivant de la lecture, de la contemplation et de l'audition - un présent attentif à la présence de l'autre, étranger ou autre soi-même, à l'expérimentation et à l'expérience sensible du temps requises par l'objet d'art lui-même et la situation de discours qu'il demande. Dans cette dilatation et cette expansion temporelles qui engagent le corps et l’esprit et mobilisent la mémoire, l’événement sensoriel et la dynamique interprétative ne relèvent pas que du plaisir et de la sensualité. Même si Baudelaire affirme que « l’ivresse de l’art est la plus apte à voiler les terreurs du gouffre », il serait légitime de parler de guerre des sens, les anciennes notions de polémique ou de conflit (rhétorique, sémiotique et tragédie), celles, plus récentes, de crise et de tension (écritures modernes et pragmatique), restant toujours impliquées dans la communication artistique, qu’il s’agisse de la création initiale ou de la recréation à laquelle elle invite. Ainsi, la mélodie française, pour être entendue, exige du compositeur et de l’interprète (qu’il soit chanteur ou non) la résolution d’un conflit toujours possible entre la ligne mélodique, l’audibilité du chant et l’instrumentation. Si l’on parle de « rock littéraire », stratégiquement, il faut pouvoir entendre un texte, souvent très élaboré, que l’intensité sonore tend à voiler. Faut-il recourir à la notion de timbre pour en rendre compte ? Il est clair, en tout cas, que la notion de voix gagne à être élargie du texte au tableau, à la mélodie, au rap, au slam, à la bande dessinée, etc., si l’on accepte pour axiome que toute écoute concentre attention et audition, créatrices de valeurs. L’opposition traditionnelle entre visualité et audibilité peut ainsi être aisément dépassée, la ponctuation dans ses dimensions sonores et visuelles, avec ses accents et ses signes diacritiques, ne cessant de le montrer. Après tout, ce qu’on appelle la voix n’est qu’un posé de la voix, dans lequel immédiateté, mémoire et anticipation viennent jouer les unes avec les autres. Les modalités de ce posé de la voix engagent toute la dynamique discursive : ce chant du départ constitue le geste vocal qui va se déployer à la fois comme dispositif et stratégie de discours, comme scénographie et comme expression corporelle. Se met en place une forme de respiration, inspirée et inspirante, qui nécessite, comme au théâtre, un système de régie. Les principes d’isomorphisme, de la forme de l’expression et de la forme du contenu, à tous les niveaux de structure du texte, gardent dès lors leur pertinence, mais hiérarchiquement ils ne peuvent être affichés à la première place. Par tous ces aspects, la problématique que nous proposons ouvre, certes, au divers, mais elle invite surtout à une réflexion en profondeur sur l’unité : c’est le posé de la voix qui nous semble fondamental et la manière dont cette voix se déploie dans un corps qui l’écoute et parvient à l’interpréter dans une temporalité qui lui est propre.