"Voisins d'ailleurs" : altérités dans le récit bref de science-fiction et d'anticipation

Responsables du programme : Yves Iehl - Jean Nimis 


AXE 1 : Discours et croisement artistiques « Fictions de mondes possibles ».


Présentation


Depuis 2014, le séminaire « Fictions de mondes possibles » s’est donné comme perspective l’exploration des représentations du monde dans le récit bref de science-fiction et d’anticipation dans différentes aires linguistiques (italien, allemand, anglais, espagnol, français, polonais, russe, …). Une historicisation de la perspective a permis de mettre en valeur comment le récit bref de science-fiction ou d’anticipation peut, à certaines périodes précises, refléter les visions, les problèmes et les conflits d’un monde en crise, notamment à partir des épisodes saillants qui ont marqué le XXe siècle et le début du XXIe siècle. 
On a pu observer ainsi un certain nombre de convergences entre œuvres d’aires linguistiques diverses et donc spécifiques. Ces croisements de points de vue ont permis de voir comment, dans ce type de récits brefs, produits durant ces périodes charnières ou s’y référant, se mettent en place les représentations décalées (distanciées ou « étrangéifiées ») de phénomènes tels que basculements, franchissements de seuil, changements de paradigme (linguistique, stylistique, philosophique, social, politique, technologique, humain). La narration de ces phénomènes, par son inventivité même (dans une palette allant du comique au tragique en passant par le poétique), devient en quelque sorte un miroir, parfois paradoxal, de l’Histoire. 
Dans un certain nombre de ces récits de science-fiction et d’anticipation, la thématique de l’altérité apparaît clairement dessinée : du désormais classique « double » au clone et au cyborg, à l’alien et à l’aliénation, jusqu’aux affinités avec le concept du « soi-même comme un autre » forgé par le philosophe Paul Ricœur. L’« Ère des Empires » et l’« Âge des extrêmes » (selon les termes d’Éric Hobsbawm) ont inspiré nombre de visions inventives qui permettent de voir sous d’autres angles les territoires, les temporalités et jusqu’aux existences des êtres. À des distances nouvelles, l’histoire humaine se trouve ainsi redessinée dans des voisinages inédits, des « terres étrangères » ou des temporalités insolites qui reproduisent les clivages et les affinités historiques, comme on peut le deviner dans Chroniques martiennes de Ray Bradbury (1950), Voisins d’ailleurs de Clifford Simak, Les Perles du temps de Gérard Klein (1958), Persistances de la vision de John Varley (1978), L’anniversaire du monde d’Ursula Le Guin (2002), Radieux de Greg Egan (1998), Le Haut-Lieu de Serge Lehman (2008), les nouvelles de Laurent Genefort, celles d’Élisabeth Vonaburg, ou les « réalités déviantes » de Philip K. Dick (pour ne donner que quelques jalons-phares d’un territoire spatiotemporel bien plus ample, qu’il s’agisse des époques ou des aires linguistiques).
C’est donc cette perspective de l’altérité (des altérités) que l’on propose d’explorer durant l’année 2016-2017. Outre l’analyse narratologique et stylistique de la distanciation (ou « étrangéification », « estrangement », « straniamento », « ostranienie » et autres termes spécifiques aux différentes aires linguistiques) qu’offrent les nouvelles en question, il conviendra de s’intéresser aux diverses facettes de l’altérité telles que présentées par ces récits : qu’il s’agisse des « terres étrangères (à coloniser, terraformer, etc.), des « temps parallèles », de la rencontre (notamment amoureuse) avec l’autre, des « figures de l’autre » (extraterrestres, intelligences artificielles, etc.), des inventions fondées sur les possibilités ou les aléas des sciences (robots, androïdes, mutations, clonage, informatique, etc.) ou des questions philosophiques posées par l’identité en tant que telle (par exemple certains des récits de Poul Anderson dans le recueil Le Chant du barde). 
Il s’agira donc d’observer comment le récit bref de science-fiction et d’anticipation donne « un visage neuf à de vieilles questions » (Roger Bozzetto), où les questions posées par la communication et par l’altérité refondent les approches de nos « histoires naturelles » et de nos « vices de forme » (Primo Levi), et où cette littérature peut être à la fois un outil d’analyse des cultures et une source de contre-culture.

Les séances du séminaire déboucheront sur la journée d’étude du 8 juin 2017.

Séances

 
27 janvier 2017, Maison de la recherche, salle E323, 10h - 12h.
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  • Simon Bréan, Université de Paris IV :
    "Points chauds", de Laurent Genefort : sur la logique du fix-up (avec des éléments de réflexion sur le dispositif pseudo-documentaire dans Aliens mode d'emploi, accolé dans l’édition de poche)."
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- 24 février 2017, Maison de la recherche, salle D155, 10h - 12h.
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  • Natacha Vas-Deyres, Université de Bordeaux :
    L’«autre» dans les nouvelles de Pierre Bordage (de l’étranger au génétiquement modifié) : une science-fiction de l’humanité.
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- 24 mars 2017, Maison de la recherche, salle E411, 10h - 12h.
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  • Florian Cuisinier, doctorant LLA-Créatis :
  • La série TV Fringe (2008-2013) et "l’univers du Walter-ego"
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- 24 avril 2017, Maison de la recherche, salle E411, 10h - 12h.
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  • Michèle Soriano, Université de Toulouse 2 :
    « Les Monstreuses » : biotecnologies, figures et fictions féministes dans le récit bref de science-fiction.
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- 22 mai 2017, Maison de la recherche, salle E411, 17h - 19h.
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  • Irène Langlet, Université de Limoges :
    Histoires de sexe-fiction, volume de la Grande Anthologie de la Science Fiction (Livre de poche, 1985)